Yoga du Cachemire

"Le corps est un souffle du Soi." Caroline Rousset.

Le shivaïsme du Cachemire (ou tradition Trika) est un courant non-dualiste du shivaïsme, apparu au VIIIe siècle au Cachemire par l'intermédiaire de Vasugupta. Ses fidèles sont à la recherche de l'extase, en méditant sur Shiva, Shakti et le spanda (« vibration »).

Le yoga du Cachemire aujourd'hui s'inspire de la philosophie de Jean Klein. Considéré comme un maître spirituel entre 1957 et 1998, son yoga, qu'il préférait appeler approche corporelle, constituait un tout avec son enseignement spirituel. Le yoga du Cachemire offre une voie directe pour vivre l’expérience de la non-dualité. Il s’agit d’atteindre l’Union suprême entre la conscience individuelle et la conscience universelle qui ne peut être atteinte par le mental. L’être réalisé est celui qui s’est libéré de l’idée d’être quelqu’un. Il s’agit de développer l’écoute absolument ouverte du corps, des sensations, du mental et par extension de la vie dans un état parfaitement neuf et débarrassé des mémoires, des projections et des concepts. Sentir que le sujet (le penseur) et l’objet (les choses, les concepts, l’existence, le corps, le monde) n’existent pas l’un sans l’autre. Les soi-disants objets n’existent que pour nous ramener à ce que nous sommes. Je suis le sujet et les objets ; je suis la totalité. « La compréhension réelle est être compréhension, et cela apparait tout à coup lorsqu’il y a écoute sans conclusion. » (JK). Être compréhension, c’est être la vie elle-même, vibrant, ouvert, sans résistance, espace et conscience.  Le yoga du Cachemire propose donc une pratique subtile et méditative. On laisse le corps être pleinement ce qu’il est, espace, plénitude et vibration. 

"C'est parce que vous voyez les pensées, les sentiments et les sensations comme étant en vous que vous vous identifiez à eux. Vous devez aboutir à la compréhension que le corps est un objet d'observation, exactement comme l'est un arbre. Alors il n'y a ni d'intérieur ni d'extérieur. Dans l'état naturel il n'y a ni intérieur ni extérieur. Tout cela n'est que concept. Soyez simplement ouvert à toute perception. (...) Il n'y a ni préhension, ni identification mais seulement événement. Tout ce qui apparaît désigne votre nature réelle. 
La pensée et le langage sont dualistes, cest exact, mais vous devez apprendre à les utiliser correctement, alors ils vous apporteront la clarté." Jean Klein

Extrait du livre Yoga tantrique du Cachemire d'Eric Baret: "Au sens classique, le yoga est l'art de mourir à soi-même. De nos jours, il est plus souvent interprété comme une technique de mieux-vivre. Atténuer un nœud pour favoriser la réceptivité peut être, dans certains cas, justifiable. Chercher à tout prix, au moyen d'une discipline, à effacer tous les antagonismes du corps et du mental n'est que violence. Seule une prise de conscience sans volition aucune peut vraiment libérer une tension et non une intervention arbitraire nourrie d'intention. 

L'art de célébrer notre véritable nature par une attitude corporelle rituelle, asana, est très peu connu. Souvent, en Occident et même en Inde de nos jours, la pratique des poses se réduit à une gymnastique plus ou moins intelligente. On essaye d'imposer au corps un schéma extérieur, arbitraire, en pensant ainsi le purifier. Cette attitude démocratique, qui consiste à s'imaginer pouvoir aller du moins vers le plus, n'est en fait que violence, sécurisation, et reste toujours dans le domaine de la mémoire, du déjà connu. L'art du Cachemire, au contraire, reconnaît l'antériorité de l'archétype sur le corps. Il ne s'agit donc pas « d'arriver à faire », d'arriver à tenir telle ou telle pose dans un domaine relatif, mais bien de se rendre compte de toutes les limitations et blocages, du manque de sensibilité qui nous habite et masque notre réelle corporalité. Une pose ouvre une porte sur des niveaux de perception plus aiguisés où il devient possible de pressentir clairement certaines expressions subtiles de la conscience."